La légitimité donne le droit de gouverner. Mais ce sont l'exemplarité, la justice, la transparence et les résultats qui permettent de construire durablement la confiance des citoyens.
La confiance politique est un capital invisible. Pourtant, lorsqu'elle disparaît, même les réformes nécessaires deviennent difficiles à mettre en œuvre.
Un peuple peut accepter des sacrifices économiques lorsqu'il en comprend la nécessité et perçoit une répartition équitable des efforts.
Il peut pardonner des erreurs lorsqu'elles sont reconnues et corrigées.
Mais lorsque les promesses non tenues, l'injustice et l'opacité deviennent récurrentes, une rupture peut progressivement s'installer entre les citoyens et leurs institutions.
Cette rupture n'est pas seulement politique. Elle possède également un coût économique.
Car la confiance facilite la coopération, le civisme fiscal, l'investissement et l'adhésion aux politiques publiques.
— 1. UNE DÉFIANCE INSTITUTIONNELLE QUI INTERPELLE
Selon Afrobarometer, dans une enquête couvrant 39 pays africains et publiée en octobre 2024 :
— Seulement 46 % des personnes interrogées déclaraient faire confiance à leur président.
— 37 % exprimaient leur confiance envers le Parlement.
Dans une autre étude publiée en décembre 2023, 58 % des répondants estimaient que la corruption avait augmenté dans leur pays au cours des douze mois précédents.
Ces chiffres, issus d'enquêtes principalement réalisées entre 2021 et 2023, ne décrivent pas nécessairement la situation de chaque pays en 2026.
Ils révèlent néanmoins des préoccupations profondes concernant la crédibilité des institutions.
L'enjeu est de comprendre les comportements susceptibles d'alimenter cette défiance.
— 2. SEPT COMPORTEMENTS QUI FRAGILISENT LA CONFIANCE
1. Multiplier les promesses sans résultats vérifiables.
Lorsqu'un dirigeant annonce régulièrement des projets qui ne se concrétisent pas, sa parole perd progressivement de sa crédibilité.
Une promesse réaliste, suivie d'une réalisation mesurable, vaut davantage qu'une succession d'annonces spectaculaires.
2. Exiger des sacrifices sans donner l'exemple.
La rigueur budgétaire devient difficile à faire accepter lorsque les dépenses des institutions ne répondent pas aux mêmes exigences de justification que les efforts demandés aux populations.
L'exemplarité constitue une condition essentielle de la crédibilité publique.
3. Tolérer la corruption et l'impunité.
Lorsque les règles semblent s'appliquer différemment selon les responsabilités exercées, le sentiment d'injustice s'accroît.
Une enquête Afrobarometer publiée en 2026 indique d'ailleurs que 59 % des répondants sénégalais considéraient que les responsables publics ayant enfreint la loi échappaient souvent ou toujours aux sanctions.
Il s'agit d'une perception déclarée, non d'une mesure du nombre réel d'infractions impunies.
La réponse passe par des institutions de contrôle indépendantes, des enquêtes impartiales et le respect des garanties judiciaires.
4. Mépriser la critique et refuser le dialogue.
La contradiction constructive permet d'identifier les erreurs avant qu'elles ne deviennent des crises.
Un gouvernement qui consulte, écoute et explique ses décisions peut améliorer la qualité de ses politiques publiques.
La critique argumentée ne doit pas être assimilée à une hostilité envers les institutions.
5. Privilégier les relations personnelles au détriment des compétences.
Le favoritisme dans les recrutements, les promotions ou les marchés publics fragilise l'égalité des chances.
Il peut également réduire l'efficacité administrative en écartant des compétences utiles au développement.
6. Entretenir l'opacité dans la gestion publique.
Les citoyens doivent pouvoir comprendre comment sont mobilisées et utilisées les ressources collectives.
La publication des budgets, des contrats publics, des rapports d'audit et des résultats des investissements constitue un instrument essentiel de contrôle démocratique.
7. Confondre communication politique et transformation réelle.
Les cérémonies, les discours et les inaugurations ne remplacent pas les résultats.
Les citoyens apprécient aussi l'action publique à travers la qualité de leurs écoles, de leurs hôpitaux, de leurs infrastructures et des opportunités économiques.
Une politique publique doit être évaluée à partir de ses effets réels, et non uniquement de sa visibilité médiatique.
— 3. LA CONFIANCE POLITIQUE : UN ACCÉLÉRATEUR ÉCONOMIQUE SOUVENT NÉGLIGÉ
La confiance influence la capacité d'un État à agir.
Une administration considérée comme équitable peut encourager les contribuables à respecter plus volontairement leurs obligations fiscales.
Une justice crédible réduit l'incertitude juridique qui pèse sur les investisseurs.
Des procédures publiques transparentes facilitent le contrôle des dépenses et limitent les risques d'abus.
Une concertation sérieuse peut également faciliter l'appropriation des réformes par les acteurs économiques et sociaux.
L'OCDE souligne, dans son enquête sur la confiance institutionnelle publiée en 2024, l'importance de cinq facteurs : la fiabilité, la réactivité, l'intégrité, l'équité et l'ouverture des institutions.
Ces enseignements ne signifient pas que la confiance garantit automatiquement la réussite économique.
Ils montrent qu'elle peut constituer un facteur favorable à l'efficacité de l'action publique.
La confiance ne remplace ni les investissements ni les compétences. Mais son absence peut compliquer leur mobilisation et réduire l'efficacité des réformes.
— 4. RECOMMANDATIONS DU CEEC : RESTAURER LA CONFIANCE PAR DES RÉFORMES CONCRÈTES
Le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) recommande sept orientations.
1. Rendre les engagements publics mesurables. Publier des objectifs, des budgets, des calendriers et des bilans de réalisation.
2. Renforcer l'exemplarité des dirigeants. Encadrer les conflits d'intérêts et soumettre les dépenses publiques à des règles de justification rigoureuses.
3. Garantir l'indépendance des contrôles. Renforcer les institutions judiciaires, les organes d'audit et les mécanismes de prévention de la corruption.
4. Développer la concertation citoyenne. Associer davantage les collectivités, les entreprises, les syndicats, les associations et les citoyens à l'élaboration des politiques publiques.
5. Généraliser des procédures fondées sur le mérite. Sécuriser les recrutements, les nominations et les marchés publics par des critères objectifs et contrôlables.
6. Accélérer la transparence numérique. Développer des plateformes publiques de suivi budgétaire, des investissements et des résultats administratifs.
7. Évaluer régulièrement l'action publique. Mesurer la qualité des services, les délais, la satisfaction des usagers et les effets économiques des réformes.
Ces mesures doivent être adaptées aux capacités administratives et financières de chaque pays.
L'essentiel est de passer d'une logique de communication à une véritable culture de responsabilité.
— CONCLUSION : LA CONFIANCE NE SE DÉCRÈTE PAS, ELLE SE CONSTRUIT
Une élection confère un mandat conformément aux règles constitutionnelles. Mais la confiance quotidienne des citoyens dépend aussi de la manière dont ce mandat est exercé.
Elle se construit par la cohérence entre les engagements et les actes, l'égalité devant la loi, la transparence et les résultats.
Elle exige également une société civile libre, des institutions de contrôle crédibles et un débat contradictoire respectueux.
La confiance ne signifie pas l'absence de critique. Elle suppose, au contraire, que les citoyens puissent demander des comptes sans crainte.
Le véritable enjeu pour les États africains n'est donc pas seulement de renforcer leur autorité.
Il est de renforcer leur crédibilité.
Car un État dont les décisions sont comprises, contrôlables et appliquées équitablement dispose de meilleures conditions pour mobiliser les citoyens autour du développement.
La confiance politique n'est pas un luxe institutionnel.
Elle est l'une des conditions de l'efficacité durable de l'action publique.
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Par Darchari MIKIDACHE
Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)
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SOURCES ET RÉFÉRENCES
— Afrobarometer (2024), Across Africa, public trust in key institutions and leaders is weakening, enquête sur 39 pays.
— Afrobarometer (2023), Amid rising corruption, most Africans say they risk retaliation if they speak up.
— Afrobarometer (2026), Les Sénégalais soutiennent les principes de l'État de droit, mais estiment que la loi n'est pas appliquée de manière égale à tous.
— OCDE (2024), Enquête sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques : résultats 2024.
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