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Site officiel du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) : comprendre les défis, proposer des réformes et construire des solutions pour l’avenir des Comores et de l’Afrique

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Site officiel du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) : comprendre les défis, proposer des réformes et construire des solutions pour l’avenir des Comores et de l’Afrique

Comment sortir de la culture de l'assistanat et de la dépendance financière en Afrique ?

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Comment sortir de la culture de l'assistanat et de la dépendance financière en Afrique ?

Comment sortir de la culture de l'assistanat et de la dépendance financière en Afrique ?

 

De l'aide extérieure à la mobilisation des ressources nationales : les réformes nécessaires pour construire une souveraineté économique durable.

 

Analyse économique et stratégique du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)

 

Introduction — Le paradoxe africain

 

L'Afrique dispose d'importantes ressources naturelles, d'une population jeune, de capacités entrepreneuriales considérables et d'une épargne encore insuffisamment mobilisée au service de l'investissement productif.

 

Pourtant, de nombreux États africains restent confrontés à des difficultés persistantes de financement des services publics, des infrastructures et de leur transformation économique.

 

Depuis plusieurs décennies, l'aide publique au développement, les prêts concessionnels et les financements internationaux contribuent à soutenir leurs budgets et leurs programmes d'investissement.

 

Cette coopération demeure indispensable dans certaines situations, notamment pour les pays fragiles et les populations vulnérables.

 

Mais une question fondamentale mérite d'être posée :

 

Comment passer d'une économie qui sollicite régulièrement des financements extérieurs à une économie capable de mobiliser durablement ses propres ressources ?

 

Le véritable enjeu n'est pas de rejeter l'aide internationale, mais de réduire les dépendances structurelles qui limitent l'autonomie des politiques publiques.

 

1. Une dépendance qui révèle des fragilités structurelles

 

La dépendance financière de certains États africains résulte de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement.

 

La faiblesse de la transformation industrielle limite la création de valeur ajoutée. L'importance du secteur informel réduit l'assiette fiscale potentielle. Les déficiences administratives fragilisent le recouvrement des recettes publiques, tandis que les dépenses improductives diminuent les marges budgétaires disponibles.

 

À ces contraintes internes s'ajoutent les déséquilibres commerciaux, les chocs climatiques, les conflits, le poids de la dette et les difficultés d'accès aux financements internationaux.

 

Les responsabilités sont donc partagées entre les contraintes historiques et internationales et les choix de gouvernance nationaux.

 

Mais aucune stratégie de développement crédible ne peut se construire durablement sur la seule dénonciation des facteurs extérieurs.

 

La transformation économique exige d'abord une capacité nationale à définir des priorités, à mobiliser des ressources et à exécuter efficacement les politiques publiques.

 

2. Les finances publiques : premier pilier de l'autonomie économique

 

Les recettes fiscales constituent l'un des principaux instruments de souveraineté d'un État.

 

Selon l'édition 2024 des Statistiques des recettes publiques en Afrique, publiée conjointement par l'OCDE, l'Union africaine et l'ATAF, le ratio moyen des recettes fiscales rapportées au PIB atteignait 16,1 % en 2022 dans les 36 pays africains étudiés, contre 34,0 % dans les pays de l'OCDE.

 

Cette comparaison, qui porte sur des ensembles de pays aux structures économiques différentes, illustre néanmoins les marges potentielles de renforcement des systèmes fiscaux.

 

La priorité ne doit pas être une augmentation indiscriminée des impôts.

 

Elle doit porter sur l'élargissement équitable de l'assiette fiscale, la modernisation des administrations, la lutte contre la fraude, la rationalisation des exonérations et l'amélioration du civisme fiscal.

 

La maîtrise des dépenses publiques est tout aussi importante.

 

Un État qui collecte davantage, mais dépense mal, ne devient pas nécessairement plus autonome.

 

L'amélioration des recettes doit donc s'accompagner d'une programmation budgétaire rigoureuse, d'une commande publique transparente et d'une évaluation des investissements.

 

3. Transformer progressivement l'économie informelle

 

L'économie informelle constitue une source majeure d'activités et de revenus pour une grande partie de la population africaine.

 

Elle représente également un défi pour la protection sociale, la productivité, l'accès au financement et la mobilisation des recettes fiscales.

 

Cependant, la formalisation ne peut réussir uniquement par des sanctions administratives ou fiscales.

 

Les petites entreprises doivent trouver un avantage concret à rejoindre l'économie formelle.

 

Cela suppose des procédures simplifiées, une fiscalité adaptée, un meilleur accès au crédit, une protection sociale progressive et des services publics fiables.

 

La recommandation n° 204 de l'Organisation internationale du Travail, adoptée en 2015, souligne précisément la nécessité d'accompagner la transition vers l'économie formelle.

 

La bonne stratégie consiste à créer les conditions permettant aux entreprises de grandir, de devenir rentables, d'embaucher et de contribuer durablement aux finances publiques.

 

4. Produire davantage et développer les capacités nationales

 

La réduction de la dépendance extérieure ne peut reposer exclusivement sur la fiscalité.

 

Elle exige une augmentation durable de la production nationale.

 

Les priorités varient selon les pays : agriculture, agro-industrie, énergie, transformation des matières premières, textile, services numériques, tourisme ou industries manufacturières.

 

L'objectif n'est pas de produire localement à n'importe quel coût, mais de développer des activités compétitives capables de satisfaire la demande intérieure et de conquérir des marchés régionaux ou internationaux.

 

L'expérience du Maroc dans l'industrie automobile illustre l'intérêt d'une stratégie associant infrastructures, investissements, formation et intégration aux chaînes de valeur internationales.

 

Le Rwanda offre un autre exemple de réformes administratives et de développement des services numériques, même si son modèle économique et politique présente des limites qui doivent être examinées séparément.

 

Ces expériences montrent qu'il n'existe pas de recette universelle.

 

En revanche, la continuité des politiques publiques, les compétences administratives et la qualité des infrastructures constituent des facteurs déterminants.

 

5. Mobiliser l'épargne nationale et celle de la diaspora

 

L'épargne africaine représente une ressource stratégique pour financer le développement.

 

Les dépôts bancaires, les fonds de pension, les assurances et l'épargne des ménages constituent des sources potentielles de financement de long terme.

 

Les transferts des diasporas peuvent également soutenir l'investissement, mais ils ne doivent pas être assimilés automatiquement à une épargne disponible pour les pouvoirs publics.

 

Ces ressources appartiennent à leurs détenteurs.

 

Leur mobilisation doit donc reposer sur le volontariat, la confiance et des garanties institutionnelles solides.

 

Des institutions telles que les Caisses des dépôts et consignations, lorsqu'elles sont correctement encadrées, peuvent contribuer à orienter une partie des ressources de long terme vers les infrastructures, le logement et les investissements productifs.

 

Toutefois, leur efficacité dépend de leur gouvernance, de leur indépendance opérationnelle, de la gestion des risques et de la protection des déposants.

 

L'objectif n'est pas de remplacer la dépendance extérieure par une captation politique de l'épargne intérieure.

 

Il est de construire des mécanismes financiers fiables au service de l'économie réelle.

 

6. Former une nouvelle élite et transformer les institutions

 

Le développement économique ne dépend pas uniquement des ressources financières.

 

Il dépend également de la qualité des décisions publiques.

 

Des administrations professionnalisées, des institutions de contrôle indépendantes et des responsables compétents sont indispensables pour mettre en œuvre les réformes.

 

L'Afrique doit investir davantage dans la formation des économistes, ingénieurs, fiscalistes, gestionnaires publics, entrepreneurs et spécialistes des négociations internationales.

 

Mais la formation ne suffit pas si les nominations restent dominées par les fidélités personnelles ou politiques.

 

La compétence doit devenir un critère central de recrutement, de promotion et de responsabilité publique.

 

Cette transformation exige également des contre-pouvoirs, une justice indépendante et des mécanismes transparents d'évaluation des politiques publiques.

 

7. De l'assistance permanente à une coopération productive

 

Il serait économiquement erroné d'opposer systématiquement aide internationale et souveraineté.

 

Les financements extérieurs peuvent jouer un rôle décisif dans la santé, l'éducation, les infrastructures et la réponse aux crises.

 

La question centrale concerne leur efficacité et leur contribution à l'autonomie future.

 

Une coopération réussie doit progressivement permettre au pays bénéficiaire de renforcer ses compétences, ses capacités productives et ses recettes publiques.

 

Les accords de financement devraient donc intégrer, lorsque cela est pertinent, des objectifs mesurables de création d'emplois, de transfert de compétences, d'entretien des infrastructures et de mobilisation de ressources nationales.

 

Le succès d'un partenariat ne devrait pas se mesurer uniquement au montant obtenu, mais aux capacités durables qu'il permet de créer.

 

8. Les recommandations du CEEC : six réformes prioritaires

 

Le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens propose une stratégie progressive articulée autour de six orientations.

 

1. Réformer les finances publiques. Moderniser les administrations fiscales et douanières, réduire les exonérations injustifiées, renforcer les contrôles et améliorer l'efficacité des dépenses.

 

2. Accélérer la transformation productive. Développer les chaînes de valeur locales, les infrastructures économiques et les entreprises capables de créer des emplois durables.

 

3. Accompagner la formalisation de l'économie. Simplifier les procédures administratives et fiscales, faciliter l'accès au financement et développer une protection sociale adaptée.

 

4. Mobiliser l'épargne intérieure. Créer ou renforcer des instruments financiers de long terme, avec des règles strictes de gouvernance et de protection des épargnants.

 

5. Professionnaliser l'administration et les institutions. Renforcer la formation, les recrutements fondés sur les compétences, la transparence et l'évaluation des performances publiques.

 

6. Réorienter la coopération internationale. Privilégier les financements qui contribuent à la production, aux compétences nationales, à l'emploi et à l'autonomie budgétaire.

 

Ces orientations doivent être adaptées à chaque pays, chiffrées, hiérarchisées et inscrites dans une programmation pluriannuelle.

 

Une première phase pourrait être consacrée à la sécurisation des finances publiques et à la simplification administrative. Une deuxième à l'accélération de l'investissement productif. Une troisième à la consolidation des capacités nationales de financement.

 

Les résultats devraient être mesurés à partir d'indicateurs publics : recettes fiscales, qualité des dépenses, emplois formels créés, productivité, exportations transformées et dépendance aux financements extérieurs.

 

Conclusion — Remplacer la dépendance par la capacité d'agir

 

Sortir de la culture de l'assistanat ne signifie ni refuser la solidarité internationale ni abandonner les populations vulnérables.

 

Il s'agit de distinguer l'aide qui protège et construit des capacités de la dépendance qui devient permanente faute de transformations économiques et institutionnelles.

 

L'Afrique ne manque pas uniquement de financements. Elle doit également améliorer sa capacité à mobiliser ses ressources, à sélectionner ses investissements et à gérer efficacement ses institutions.

 

Cela suppose des réformes parfois difficiles, une volonté politique durable et une nouvelle culture de responsabilité publique.

 

La véritable souveraineté économique ne consiste pas à ne rien demander aux autres. Elle consiste à pouvoir choisir ses partenaires et ses politiques sans dépendance excessive.

 

L'avenir de l'Afrique ne se construira ni par la mendicité institutionnalisée ni par le rejet systématique de la coopération.

 

Il se construira par le travail, la compétence, la production, l'investissement, la bonne gouvernance et la confiance.

 

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Sources et références internationales

 

1. OCDE, Commission de l'Union africaine et ATAF (2024) — Statistiques des recettes publiques en Afrique 2024. Comparaisons internationales des recettes fiscales et des ratios impôts/PIB. https://www.oecd.org/fr/themes/recettes-publiques.html

 

2. Organisation internationale du Travail (2015) — Recommandation n° 204 concernant la transition de l'économie informelle vers l'économie formelle. https://www.ilo.org

 

3. Banque mondiale — Africa's Pulse, analyses de la croissance, de la dette, des finances publiques et des contraintes structurelles en Afrique subsaharienne. https://www.worldbank.org/en/region/afr/publication/africas-pulse

 

4. CNUCED — Rapport sur le développement économique en Afrique, travaux sur la transformation productive, l'investissement et les capacités économiques. https://unctad.org

 

5. Fonds monétaire international — Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, analyses macroéconomiques, budgétaires et financières. https://www.imf.org/en/Publications/REO/SSA

 

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Darchari MIKIDACHE

Économiste

Président du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)

 

www.ceec-comores.org

 

La diffusion des idées fait progresser les peuples. Reproduction et partage autorisés avec mention intégrale de l'auteur et de la source.

 

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