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Site officiel du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) : comprendre les défis, proposer des réformes et construire des solutions pour l’avenir des Comores et de l’Afrique

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Site officiel du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) : comprendre les défis, proposer des réformes et construire des solutions pour l’avenir des Comores et de l’Afrique

CEEC — MOBILISER L'ÉPARGNE AFRICAINE POUR INDUSTRIALISER LE CONTINENT : LE RÔLE STRATÉGIQUE DES CAISSES DES DÉPÔTS

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L'épargne ne construit pas des usines par magie. Elle devient une force de développement lorsque des institutions crédibles savent la protéger et l'investir intelligemment.

Darchari MIKIDACHE, President du CEEC

CEEC — MOBILISER L'ÉPARGNE AFRICAINE POUR INDUSTRIALISER LE CONTINENT : LE RÔLE STRATÉGIQUE DES CAISSES DES DÉPÔTS
CEEC — MOBILISER L'ÉPARGNE AFRICAINE POUR INDUSTRIALISER LE CONTINENT : LE RÔLE STRATÉGIQUE DES CAISSES DES DÉPÔTS

L'Afrique dispose de ressources financières importantes. Pourtant, ses entrepreneurs continuent de manquer de capitaux de long terme pour investir, produire et créer des emplois.

Ce paradoxe interroge directement l'organisation de nos systèmes financiers.

Selon les estimations de l'Africa Finance Corporation reprises par l'OCDE, les fonds de pension africains détenaient environ 455 milliards de dollars d'actifs, d'après les données publiées en 2025.

Ces ressources constituent un potentiel considérable. Mais leur existence ne signifie pas qu'elles sont immédiatement disponibles pour financer l'industrie : elles répondent à des obligations de retraite, de liquidité, de rendement et de sécurité.

Le véritable enjeu est donc institutionnel.

Comment mieux orienter une partie des ressources financières africaines vers l'investissement productif, sans compromettre les droits des épargnants ?

— 1. UN CONTINENT CONFRONTÉ À UN DÉFICIT DE FINANCEMENT STRUCTUREL

Selon une étude de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI), présentée en décembre 2025, les besoins annuels de financement des Objectifs de développement durable sont estimés à 200 milliards de dollars en Afrique subsaharienne.

Ces besoins dépassent largement la seule industrialisation. Ils concernent également l'énergie, les infrastructures, l'éducation, la santé et les transformations structurelles des économies.

Or, l'investissement industriel exige des ressources longues et relativement stables.

Les établissements bancaires traditionnels, principalement financés par des dépôts de courte durée ou à vue, ne disposent pas toujours de la capacité nécessaire pour accompagner des projets dont la rentabilité se construit sur plusieurs années.

Ce déséquilibre favorise la dépendance aux financements extérieurs, parfois exposés au risque de change.

Il contribue aussi à maintenir plusieurs économies africaines dans un modèle d'exportation de matières premières peu transformées.

La mobilisation de l'épargne intérieure ne résoudra pas, à elle seule, ces difficultés. Elle peut néanmoins constituer un puissant levier de transformation.

— 2. LES CAISSES DES DÉPÔTS : DES INSTITUTIONS QUI ONT FAIT LEURS PREUVES

L'étude de la FERDI recense 11 pays africains dotés de Caisses de dépôts dans le périmètre étudié en 2025.

Ces institutions présentent des configurations différentes selon les pays.

Certaines sont spécialisées dans les consignations et les dépôts réglementés. D'autres interviennent plus largement dans la gestion de l'épargne et l'investissement d'intérêt général.

Les expériences internationales apportent plusieurs enseignements.

En France, le Fonds d'épargne de la Caisse des Dépôts centralisait 406,5 milliards d'euros fin 2025, provenant d'une fraction des encours du Livret A, du LDDS et du LEP.

Ces ressources servent principalement à financer le logement social, les collectivités territoriales et des investissements d'intérêt général.

Le groupe Caisse des Dépôts participe également au développement économique à travers ses différentes activités et sa participation à Bpifrance.

En Italie, la Cassa Depositi e Prestiti disposait de 297 milliards d'euros d'épargne postale fin 2025. Elle intervient dans le financement des entreprises, des collectivités et des infrastructures.

Au Maroc, la Caisse de Dépôt et de Gestion joue un rôle structurant dans la gestion de ressources institutionnelles et le financement d'investissements de long terme.

Ces modèles ne sont pas directement transposables à l'identique aux économies africaines.

Ils démontrent cependant qu'une institution financière publique, dotée d'une gouvernance crédible et d'une gestion professionnelle, peut contribuer durablement au développement économique.

— 3. MOBILISER L'ÉPARGNE SANS METTRE LES DÉPOSANTS EN DANGER

Une Caisse des dépôts ne crée pas de richesse par sa seule existence.

Elle organise l'intermédiation financière.

Sa mission consiste notamment à sécuriser certaines ressources, à en assurer une gestion prudente et à contribuer au financement d'investissements compatibles avec la nature de ses engagements.

Trois distinctions sont essentielles.

Premièrement, les dépôts bancaires ordinaires ne constituent pas une épargne dormante librement récupérable par l'État.

Deuxièmement, les fonds de pension appartiennent économiquement à leurs bénéficiaires. Leur utilisation doit rester soumise à des règles prudentielles strictes.

Troisièmement, une ressource remboursable à vue ne peut être intégralement immobilisée dans un projet industriel à long terme.

La transformation financière suppose donc des réserves de liquidité suffisantes, une diversification des placements et une gestion rigoureuse des risques.

Une Caisse des dépôts efficace doit être un tiers de confiance, et non un instrument de financement automatique des décisions politiques.

— 4. LE LIVRET MADE IN AFRICA : UNE INNOVATION À EXPÉRIMENTER

Le CEEC propose d'étudier la création d'un Livret Made in Africa, produit d'épargne réglementé destiné à mobiliser volontairement les ressources des ménages, des entrepreneurs et des diasporas.

Ce dispositif pourrait reposer sur plusieurs caractéristiques :

— Une ouverture accessible aux petits épargnants.

— Une rémunération transparente et régulièrement révisable.

— Une garantie publique clairement définie par la loi, dont la crédibilité financière serait évaluée.

— Une distribution associant les réseaux bancaires et les solutions de paiement numérique.

— Une centralisation partielle et prudente des ressources auprès d'une institution spécialisée.

— Une information régulière des souscripteurs sur l'emploi de l'épargne.

Les avantages fiscaux éventuels devraient être évalués et leur coût inscrit dans les documents budgétaires.

L'objectif ne serait pas de transférer directement le risque industriel aux petits épargnants.

Les investissements risqués devraient être financés par des véhicules disposant de fonds propres adaptés et de mécanismes de partage des risques.

— 5. ARTICULER LA CAISSE DES DÉPÔTS ET L'ÉTAT STRATÈGE

La mobilisation de l'épargne ne constitue qu'une partie de la réponse.

Encore faut-il identifier les investissements capables d'améliorer durablement la productivité nationale.

Dans cette perspective, le CEEC préconise une articulation entre trois instruments complémentaires.

La Caisse des dépôts mobilise et gère des ressources conformément à son mandat.

Une banque publique de développement ou un mécanisme spécialisé apporte des prêts, des garanties et des financements adaptés aux entreprises productives.

L'État stratège construit un environnement favorable à l'investissement, sélectionne ses priorités industrielles et peut participer temporairement au capital de sociétés mixtes avec des partenaires privés.

Ces interventions publiques doivent poursuivre des objectifs mesurables : productivité, emplois, valeur ajoutée locale, compétitivité et diversification des exportations.

La gestion des entreprises doit rester professionnelle. Un désengagement progressif de l'État peut être envisagé lorsque la viabilité économique et les conditions de marché le permettent.

Ce modèle associe initiative privée, vision stratégique publique et discipline financière.

— 6. LES COMORES : UN CAS D'APPLICATION À FORT POTENTIEL

Aux Comores, les dépôts de la clientèle des établissements de crédit ont atteint 221 milliards de francs comoriens fin 2025, selon les données de la Banque centrale reprises par la presse nationale.

Ce chiffre confirme l'importance du système bancaire dans la mobilisation des ressources nationales.

Il ne permet cependant pas de conclure à l'existence d'un volume équivalent de liquidités disponibles pour une Caisse des dépôts.

Une étude préalable devrait identifier les consignations, les avoirs réellement inactifs, les capacités d'épargne volontaire et les ressources financières institutionnelles susceptibles d'être gérées dans un cadre légal et prudentiel.

La diaspora comorienne pourrait participer à ce dispositif par l'intermédiaire d'un Livret d'épargne développement, accessible depuis l'étranger.

Les fonds mobilisés pourraient contribuer, selon les résultats des études de faisabilité, à des investissements dans l'énergie, l'agro-transformation, la pêche, la conservation et les infrastructures économiques.

Cette proposition s'inscrit dans une réflexion déjà engagée par l'auteur auprès des autorités comoriennes et dans des échanges exploratoires avec la Caisse des Dépôts française.

Son actualisation devrait s'appuyer sur les données récentes de la Banque centrale, une étude juridique approfondie et une évaluation des risques.

— 7. RECOMMANDATIONS DU CEEC : SEPT CONDITIONS POUR RÉUSSIR

Le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens recommande :

1. Une institution indépendante. Doter chaque dispositif d'un statut juridique clair, d'une direction professionnelle et d'une surveillance institutionnelle effective.

2. Une mobilisation volontaire et encadrée. Privilégier les produits d'épargne attractifs et les ressources légalement transférables, sans fragiliser les banques commerciales.

3. Une protection absolue des droits des déposants. Assurer des mécanismes crédibles de garantie, de restitution des fonds et de gestion de la liquidité.

4. Une interdiction du financement des déficits courants. Éviter que les Caisses deviennent des instruments de financement budgétaire permanent.

5. Une sélection rigoureuse des projets. Privilégier les investissements viables, créateurs d'emplois et de valeur ajoutée locale.

6. Une coopération africaine renforcée. Développer les partenariats entre Caisses, banques de développement et institutions régionales afin de financer des chaînes de valeur dans le cadre de la ZLECAf.

7. Une obligation de résultats. Publier chaque année les ressources mobilisées, les risques financiers, les projets soutenus, les emplois créés et les performances économiques obtenues.

Ces principes devraient accompagner toute création ou réforme d'une Caisse des dépôts.

— CONCLUSION : L'ÉPARGNE DOIT DEVENIR UN INSTRUMENT DE TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE

L'Afrique ne pourra pas construire sa souveraineté productive en dépendant exclusivement de financements extérieurs.

Elle doit développer ses capacités d'épargne, renforcer ses marchés financiers et créer les institutions capables d'accompagner les investissements à long terme.

Mais mobiliser davantage de capitaux ne suffira pas.

Il faudra aussi mieux gouverner, mieux sélectionner les projets et mesurer les résultats.

La véritable réussite ne sera pas le montant de l'épargne centralisée. Elle sera le nombre d'entreprises viables, d'emplois durables et de richesses nouvelles créés grâce à cette épargne.

C'est à cette condition que les Caisses des dépôts pourront devenir des instruments majeurs de l'industrialisation africaine.

Par Darchari MIKIDACHE, Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC).

La diffusion des idées fait progresser les peuples. Reproduction et partage autorisés avec mention intégrale de l'auteur et de la source.

Pour poursuivre la réflexion économique africaine : www.ceec-comores.org

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Références principales :

OCDE — Africa Capital Markets Report 2025, chapitre consacré aux investisseurs institutionnels.

FERDI — Djeneba Dramé et Florian Léon, Le rôle des Caisses de dépôt dans la mobilisation des ressources privées nationales pour le financement du développement, décembre 2025.

Caisse des Dépôts — Rapport annuel 2025 du Fonds d'épargne, publié en mai 2026.

Cassa Depositi e Prestiti — Résultats financiers 2025, publiés en avril 2026.

Banque centrale des Comores — Rapport annuel 2025, données sur les dépôts de clientèle, reprises par La Gazette des Comores le 16 septembre 2026.

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