Une diaspora devient une véritable puissance lorsqu’elle ne se contente plus de financer les urgences, mais transforme aussi son épargne, ses compétences et ses réseaux en investissements, en emplois et en influence.
Quand on parle de diaspora africaine, on pense presque immédiatement à l’argent envoyé aux familles.
C’est logique.
Mais c’est aussi une vision beaucoup trop étroite.
Car derrière les transferts d’argent se trouve une puissance économique beaucoup plus vaste :
— des millions de travailleurs et d’entrepreneurs ;
— des médecins, ingénieurs, chercheurs, juristes et financiers ;
— des cadres présents dans de grandes entreprises internationales ;
— des réseaux universitaires et professionnels ;
— une connaissance directe des marchés mondiaux ;
— une capacité d’investissement ;
— une influence culturelle, intellectuelle et médiatique.
La diaspora africaine n’est donc pas seulement une source de devises.
Elle peut devenir l’un des instruments de puissance économique les plus importants du continent.
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DES DIZAINES DE MILLIARDS DE DOLLARS QUI ARRIVENT CHAQUE ANNÉE
Les chiffres donnent immédiatement la mesure du phénomène.
En 2023, les diasporas ont transféré environ 90 milliards de dollars vers l’Afrique, soit un montant comparable à l’aide publique au développement reçue par le continent et environ deux fois supérieur aux investissements directs étrangers, selon le FIDA s’appuyant sur les données de la Banque mondiale.
À l’échelle mondiale, les transferts officiellement enregistrés vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint environ 685 milliards de dollars en 2024.
C’est davantage que les flux d’investissements directs étrangers et d’aide publique au développement réunis dans ces économies.
Et ce chiffre sous-estime probablement la réalité.
Pourquoi ?
Parce qu’une partie importante des transferts passe encore par :
— les proches ;
— le transport d’espèces ;
— les circuits informels ;
— certains systèmes communautaires ;
— des compensations réalisées entre plusieurs pays.
La puissance financière réelle des diasporas est donc supérieure aux seuls flux enregistrés officiellement.
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EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE, 54 MILLIARDS DE DOLLARS ÉTAIENT DÉJÀ ENTRÉS EN 2023
La Banque mondiale estimait à environ 54 milliards de dollars les transferts reçus par l’Afrique subsaharienne en 2023.
Certains pays dépendent particulièrement de ces revenus.
La Banque mondiale cite notamment :
— la Gambie ;
— le Lesotho ;
— les Comores ;
— le Liberia ;
— le Cap-Vert,
parmi les économies où les transferts de migrants jouent un rôle macroéconomique particulièrement important.
Cela signifie qu’au-delà des familles, ces flux contribuent indirectement :
— à la consommation nationale ;
— aux réserves en devises ;
— au financement des importations ;
— au logement ;
— à l’éducation ;
— à la santé ;
— et parfois à la stabilité sociale elle-même.
Nous ne parlons donc pas d’un phénomène marginal.
Nous parlons d’une composante importante de nombreuses économies africaines.
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MAIS NOUS UTILISONS ENCORE TROP LA DIASPORA COMME UN GUICHET FINANCIER
Dans beaucoup de pays, la relation avec la diaspora reste organisée autour de trois grandes fonctions :
— envoyer de l’argent à la famille ;
— construire une maison ;
— contribuer à un projet communautaire.
Ces fonctions sont essentielles.
Mais elles ne suffisent pas à construire une stratégie économique.
Prenons un exemple simple.
Un ingénieur africain travaillant dans une grande entreprise technologique mondiale peut évidemment envoyer 300 ou 500 euros à sa famille.
Mais sa valeur économique pour son pays peut être infiniment supérieure s’il peut également :
— identifier un partenaire industriel ;
— faciliter un transfert technologique ;
— accompagner une start-up ;
— former de jeunes ingénieurs ;
— participer à une mission d’expertise ;
— introduire une entreprise africaine auprès d’un donneur d’ordre international.
Même raisonnement pour un banquier africain installé à Londres, Paris, Johannesburg, New York ou Dubaï.
Son transfert mensuel est utile.
Mais son carnet d’adresses, son expertise financière et sa capacité à comprendre les investisseurs internationaux peuvent avoir une valeur économique bien supérieure.
C’est ce changement de regard qu’il faut opérer.
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DE LA DIASPORA QUI CONSOMME À LA DIASPORA QUI INVESTIT
Les transferts servent d’abord aux besoins essentiels.
Et personne ne devrait mépriser cette fonction.
Ils financent :
— l’alimentation ;
— les soins ;
— l’éducation ;
— les loyers ;
— la construction ;
— les cérémonies ;
— les urgences familiales.
Mais une économie ne peut pas se développer durablement uniquement par la consommation.
Le véritable défi consiste donc à permettre qu’une petite fraction volontaire de cette énorme capacité financière devienne du capital productif.
Imaginons simplement que 5 % de 90 milliards de dollars puissent progressivement être orientés vers des investissements productifs.
Cela représenterait théoriquement environ 4,5 milliards de dollars par an.
Avec 10 %, nous parlerions de 9 milliards de dollars.
Il ne s’agit évidemment pas de détourner l’argent destiné aux familles.
Il s’agit de construire de nouveaux instruments permettant à ceux qui disposent d’une épargne supplémentaire d’investir dans :
— les PME ;
— l’agriculture moderne ;
— l’agro-industrie ;
— les énergies renouvelables ;
— les infrastructures ;
— le numérique ;
— les industries culturelles ;
— le logement productif ;
— les fonds d’investissement régionaux ;
— les obligations destinées aux diasporas.
La question stratégique n’est donc pas :
« Comment demander davantage d’argent à la diaspora ? »
Mais plutôt :
« Comment transformer une fraction de l’épargne existante en entreprises, emplois, innovation et capital africain ? »
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LE PREMIER OBSTACLE N’EST PAS L’ARGENT. C’EST LA CONFIANCE.
On ne mobilise pas durablement une diaspora avec des discours patriotiques.
On la mobilise par la crédibilité.
Quelqu’un qui travaille depuis quinze ou vingt ans à l’étranger ne placera pas son épargne dans un projet simplement parce qu’on lui dit qu’il doit « aider son pays ».
Il demandera légitimement :
— Qui gère mon argent ?
— Où sont les comptes ?
— Quelle autorité contrôle le fonds ?
— Quelle est la fiscalité ?
— Quel rendement peut être attendu ?
— Puis-je céder mon investissement ?
— Puis-je rapatrier mes revenus ?
— Quelle juridiction réglera un éventuel conflit ?
— Existe-t-il un audit indépendant ?
— Les résultats seront-ils publiés ?
Ce comportement n’est pas un manque de patriotisme.
C’est le comportement normal d’un investisseur.
Le patriotisme peut donner envie d’investir. Il ne peut pas remplacer la sécurité juridique.
Voilà pourquoi la première politique de mobilisation financière de la diaspora est aussi une politique :
— d’État de droit ;
— de transparence ;
— de gouvernance ;
— de stabilité réglementaire ;
— de protection des investissements.
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L’AFRIQUE SUPPORTE ENCORE LE COÛT DES TRANSFERTS LE PLUS ÉLEVÉ AU MONDE
Une autre anomalie mérite d’être soulignée.
L’Afrique subsaharienne reste la région du monde où envoyer de l’argent coûte le plus cher.
Au quatrième trimestre 2024, le coût moyen d’un transfert vers l’Afrique subsaharienne atteignait environ 8,78 %, selon la base Remittance Prices Worldwide de la Banque mondiale.
C’est près de trois fois l’objectif international de 3 % fixé dans le cadre des Objectifs de développement durable.
La conséquence est simple.
Sur 1 000 dollars envoyés, plusieurs dizaines de dollars peuvent disparaître dans :
— les commissions ;
— les marges de change ;
— les intermédiaires ;
— les coûts bancaires.
À l’échelle de plusieurs dizaines de milliards de dollars de flux annuels, même une réduction de quelques points représente potentiellement des centaines de millions de dollars supplémentaires restant dans les familles et les économies africaines.
Le développement de la concurrence, des solutions numériques et de meilleurs systèmes de paiement transfrontaliers constitue donc lui aussi une politique économique.
Le FIDA estime d’ailleurs que la numérisation et une concurrence accrue pourraient permettre à plusieurs milliards de dollars supplémentaires d’atteindre chaque année les familles africaines.
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LA DIASPORA EST AUSSI UNE BANQUE DE COMPÉTENCES
L’erreur serait de réduire cette réflexion à l’argent.
L’Afrique dispose à l’extérieur du continent d’une immense réserve de capital humain.
Médecins.
Chercheurs.
Ingénieurs.
Économistes.
Financiers.
Juristes.
Entrepreneurs.
Universitaires.
Informaticiens.
Experts en intelligence artificielle.
Diplomates.
Cadres des organisations internationales.
Spécialistes de la gestion publique.
Tous ne rentreront pas définitivement.
Et ils n’ont pas besoin de rentrer définitivement pour contribuer.
C’est précisément l’un des changements rendus possibles par le numérique.
Un expert installé à Montréal peut former des étudiants à Dakar.
Un médecin exerçant à Paris peut participer à un programme de télémédecine à Moroni.
Un universitaire installé à Bruxelles peut monter un partenariat avec une université africaine.
Un ingénieur travaillant en Allemagne peut conseiller une entreprise industrielle au Ghana.
Un entrepreneur basé à Londres peut aider une PME kenyane à comprendre le marché britannique.
La circulation des compétences peut devenir aussi importante que le retour physique des personnes.
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LE « BRAIN DRAIN » PEUT AUSSI DEVENIR DU « BRAIN NETWORK »
Pendant plusieurs décennies, la migration des diplômés a surtout été analysée sous l’angle de la fuite des cerveaux.
Le raisonnement était simple :
un pays forme un médecin, un ingénieur ou un chercheur ;
celui-ci part travailler à l’étranger ;
le pays perd son investissement.
Cette réalité existe.
Mais elle n’est pas toute la réalité.
Car une personne vivant à l’étranger peut également apporter :
— du financement ;
— de la technologie ;
— de l’expertise ;
— des contacts ;
— de l’information ;
— des débouchés ;
— des opportunités professionnelles.
La véritable stratégie consiste donc à transformer progressivement la fuite des cerveaux en circulation des cerveaux.
Ou mieux :
en réseaux transnationaux de compétences.
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UN RÉSEAU PEUT PARFOIS VALOIR PLUS QU’UN CHÈQUE
L’économie mondiale fonctionne énormément par réseaux.
Un seul contact pertinent peut permettre :
— une introduction auprès d’un investisseur ;
— l’accès à une université ;
— un partenariat avec un laboratoire ;
— une rencontre avec un grand groupe ;
— l’ouverture d'un marché ;
— l’accès à une banque ;
— une collaboration institutionnelle ;
— une exposition médiatique internationale.
La diaspora dispose précisément de ces connexions.
Mais encore faut-il savoir :
qui sait faire quoi, où et avec qui ?
C’est là qu’apparaît l’une des grandes faiblesses institutionnelles.
De nombreux États savent approximativement combien de ressortissants vivent à l’étranger.
Mais ils connaissent beaucoup moins précisément :
— leurs métiers ;
— leurs expertises ;
— leurs entreprises ;
— leurs fonctions ;
— leurs secteurs d’activité ;
— leurs réseaux internationaux ;
— leur volonté éventuelle de contribuer.
Or une diaspora qu’on ne connaît pas est une puissance qu’on ne peut pas organiser.
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IL FAUT CARTOGRAPHIER LES COMPÉTENCES, PAS SEULEMENT COMPTER LES EXPATRIÉS
La première infrastructure stratégique devrait donc être simple :
un registre volontaire, sécurisé et professionnel des compétences de la diaspora.
Une véritable cartographie pourrait identifier, par exemple :
Pays : France
Secteur : finance
Profession : gestionnaire d’actifs
Expertise : financement des infrastructures
Disponibilité : deux missions annuelles
Ou :
Pays : Canada
Secteur : intelligence artificielle
Profession : ingénieur
Expertise : machine learning
Disponibilité : mentorat universitaire à distance
Ou encore :
Pays : Royaume-Uni
Secteur : agro-industrie
Profession : entrepreneur
Expertise : distribution européenne
Recherche : producteurs africains exportables
Imaginez ensuite ce que permettrait l’interconnexion de plusieurs milliers de profils de ce type.
Nous passerions d’une diaspora dispersée à un réseau économique.
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LA DIASPORA PEUT DEVENIR UNE FORCE DE DIPLOMATIE ÉCONOMIQUE
Un État ne défend pas son image uniquement avec ses ambassades.
Ses entrepreneurs, chercheurs, artistes, médecins, universitaires, sportifs et cadres vivant à l’étranger participent également à sa réputation.
Lorsqu’ils réussissent, ils ouvrent parfois des portes.
Lorsqu’ils entrent dans de grandes institutions, ils acquièrent des réseaux.
Lorsqu’ils créent des entreprises, ils connectent plusieurs économies.
Lorsqu’ils occupent des positions influentes, ils peuvent contribuer à mieux faire connaître :
— les entreprises de leur pays ;
— les opportunités d’investissement ;
— les universités ;
— les innovations ;
— la culture ;
— le tourisme ;
— les projets économiques.
La diaspora peut donc devenir un prolongement naturel de la diplomatie économique.
Pas une diplomatie parallèle.
Une diplomatie complémentaire.
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L’UNION AFRICAINE ELLE-MÊME A RECONNU CETTE DIMENSION STRATÉGIQUE
La diaspora n’est plus institutionnellement considérée comme extérieure au projet africain.
L’Union africaine l’a officiellement reconnue comme la « sixième région » du continent, aux côtés de l’Afrique du Nord, de l’Ouest, de l’Est, centrale et australe.
Elle dispose également d’une division spécifiquement consacrée à sa participation au développement et à l’intégration de l’Afrique.
Cette reconnaissance est politiquement importante.
Mais elle doit maintenant davantage se traduire en instruments économiques concrets.
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RECOMMANDATIONS DU CEEC
Le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens recommande aux États africains de dépasser la simple logique des transferts financiers.
1. CARTOGRAPHIER LE CAPITAL HUMAIN DE LA DIASPORA
Créer des registres volontaires de compétences permettant d’identifier :
— entrepreneurs ;
— chercheurs ;
— ingénieurs ;
— universitaires ;
— médecins ;
— investisseurs ;
— juristes ;
— cadres internationaux.
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2. CRÉER DE VÉRITABLES PLATEFORMES ÉCONOMIQUES DE DIASPORA
Il faut relier directement :
diaspora → entreprises → administrations → universités → investisseurs.
Ces plateformes doivent produire des opportunités concrètes et non simplement organiser des conférences.
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3. DÉVELOPPER DES PRODUITS FINANCIERS CRÉDIBLES
Selon les réalités nationales :
— obligations diaspora ;
— fonds PME ;
— fonds infrastructures ;
— véhicules d’investissement collectif ;
— plateformes de co-investissement ;
— financement participatif réglementé.
Mais avec :
audit indépendant + comptes publiés + gouvernance claire + protection juridique.
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4. RÉDUIRE LE COÛT DES TRANSFERTS
Davantage de concurrence.
Davantage de numérique.
Des paiements transfrontaliers plus efficaces.
Une meilleure transparence des taux de change.
Chaque point de coût évité restitue directement de la valeur aux familles africaines.
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5. ORGANISER LE TRANSFERT DE COMPÉTENCES
Créer des programmes permettant aux experts de participer :
— quelques heures par mois ;
— quelques semaines par an ;
— à distance ;
— lors de missions temporaires.
Il n’est pas nécessaire de demander à chacun de revenir définitivement.
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6. CRÉER DES RÉSEAUX DE MENTORAT
Chaque cadre expérimenté de la diaspora pourrait accompagner :
— un étudiant ;
— un jeune entrepreneur ;
— un chercheur ;
— un jeune fonctionnaire ;
— une start-up.
Le coût peut être extrêmement faible.
L’effet cumulatif peut être considérable.
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7. UTILISER LA DIASPORA DANS LA DIPLOMATIE ÉCONOMIQUE
Lors des missions économiques internationales, les États devraient davantage identifier et associer leurs ressortissants bien implantés dans les pays concernés.
Ils connaissent souvent :
— les codes ;
— les décideurs ;
— les entreprises ;
— les investisseurs ;
— les institutions locales.
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8. CRÉER UN GUICHET UNIQUE DE L’INVESTISSEUR DE LA DIASPORA
Un entrepreneur vivant à 8 000 kilomètres ne peut pas perdre plusieurs mois entre administrations pour :
— créer une société ;
— obtenir une autorisation ;
— acheter ou louer un terrain ;
— importer un équipement ;
— comprendre la fiscalité.
La simplification administrative est indispensable.
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9. PROTÉGER JURIDIQUEMENT LE CAPITAL DE LA DIASPORA
Aucune stratégie de mobilisation ne réussira durablement sans :
— sécurité foncière ;
— contrats exécutoires ;
— justice économique crédible ;
— protection des actionnaires ;
— possibilité de rapatriement des capitaux ;
— règles fiscales stables.
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10. MESURER LES RÉSULTATS
Chaque politique de diaspora devrait publier annuellement quelques indicateurs simples :
— capitaux mobilisés ;
— entreprises financées ;
— emplois créés ;
— experts mobilisés ;
— missions réalisées ;
— partenariats universitaires ;
— exportations générées ;
— investisseurs introduits.
On ne pilote correctement que ce que l’on mesure.
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LA DIASPORA NE DOIT PAS ÊTRE SEULEMENT CELLE QUI FINANCE LES PROBLÈMES
Depuis des décennies, elle paie :
— les soins ;
— les loyers ;
— les urgences ;
— les études ;
— les cérémonies ;
— les constructions ;
— les difficultés familiales.
Demain, elle doit également pouvoir contribuer à financer :
— les entreprises ;
— l’innovation ;
— la recherche ;
— les infrastructures ;
— la transformation agricole ;
— la technologie ;
— les emplois ;
— l’ouverture internationale des économies africaines.
Ce changement de logique est fondamental.
Passer d’une diaspora sollicitée à une diaspora associée.
D’une diaspora qui transfère à une diaspora qui investit.
D’une diaspora dispersée à une diaspora organisée.
D’une diaspora de solidarité à une diaspora de solidarité et de puissance économique.
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L’Afrique possède une richesse que les statistiques traditionnelles mesurent encore imparfaitement :
des millions de femmes et d’hommes liés au continent mais présents au cœur des économies mondiales.
Ils connaissent plusieurs cultures.
Plusieurs marchés.
Plusieurs systèmes économiques.
Plusieurs réseaux.
Ils peuvent être des ponts entre l’Afrique et le reste du monde.
L’Union africaine reconnaît déjà institutionnellement cette diaspora comme une composante du projet continental.
Il faut maintenant transformer cette reconnaissance en véritable stratégie économique.
Car la diaspora africaine peut être simultanément :
un réseau d’épargne,
un réseau d’investissement,
un réseau de compétences,
un réseau d’influence,
un réseau d’innovation,
un réseau de diplomatie économique.
Et parfois, la puissance d’un pays ne dépend pas uniquement de ceux qui vivent à l’intérieur de ses frontières.
Elle dépend également de sa capacité à organiser intelligemment ceux qui portent ses compétences, ses réseaux et son potentiel à travers le monde.
« Une diaspora devient véritablement une puissance lorsqu’elle cesse d’être seulement une source d’argent et devient un réseau organisé de capital, de compétences et d’influence. »
— Darchari MIKIDACHE
La diffusion des idées fait progresser les peuples. Reproduction et partage autorisés avec mention intégrale de l'auteur et de la source.
Par Darchari MIKIDACHE,
Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)
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